Interview Ludovic Rondini, docteur en micronutrition.

La peau est le reflet de la santé, comment savoir si je suis en carence en regardant ma peau ?

La peau est l’organe le plus visible de notre organisme. Dès lors son aspect peut nous informer sur notre état de santé. Sa coloration, sa résistance, l’homogénéité de sa pigmentation, l’absence de rougeur, sa capacité à bien cicatriser sont autant de facteurs qui nous renseignent sur notre santé et la présence d’éventuelles carences ou déséquilibres.

Citons quelques exemples :

  • une peau fragile et terne est souvent le reflet d’une alimentation pauvre en antioxydants (vitamine A, caroténoïdes, vitamine E) ou d’un stress oxydatif important, comme chez un fumeur,
  • une peau qui a des difficultés à cicatriser ou sujette à démangeaisons de type eczéma traduit un potentiel déficit en zinc,
  • une peau sèche ou qui manque d’élasticité, le reflet d’un déséquilibre hydrique ou lipidique : carence en oméga 3, 6 et 7 et excès de graisses saturées.

Bien sûr, ce ne sont que des pistes qui devront ensuite être objectivées par un questionnaire alimentaire plus poussé ou des dosages de biologie préventive.

 

Quelles sont les bonnes bases à connaître en micronutrition pour une bonne santé de la peau ?

La peau est un organe constitué essentiellement de lipides et de protéines (collagène et élastine). Aussi, pour bien nourrir sa peau, il faut avant tout apporter des protéines (poisson, œuf, légumineuses…) en quantité suffisante et des lipides polyinsaturés (huiles végétales, certaines algues, poissons…).

Par ailleurs, la peau possède un microbiote (flore bactérienne). Ces milliards de bactéries présentent à la surface de la peau assurent une protection et participent à l’équilibre immunitaire de l’organisme. La micronutrition a peu d’impact direct sur ce microbiote mais il est très important de le respecter en évitant l’utilisation de produits cosmétiques / lavants trop agressifs ce qui pourrait entrainer de gros déséquilibres.

Le vieillissement de la peau est accéléré par le stress oxydatif et l’excès de sucres. On appelle ce phénomène la glycation. Les antioxydants et notre alimentation peuvent vraiment nous aider pour diminuer ce phénomène.

Enfin, l’équilibre du pH de la peau et de nos tissus ainsi qu’une bonne hydratation sont également des facteurs très importants.

 

Comment doit-être composée mon assiette pour éviter le vieillissement prématuré de la peau ?

Comme nous l’expliquions précédemment, la peau est principalement constituée de protéines et de lipides polyinsaturés. Or, ces biomolécules sont particulièrement sensibles à l’oxydation. Aussi, il est important d’apporter de nombreux antioxydants. Ces molécules protectrices sont facilement identifiables dans les aliments car elles sont souvent colorées : carotte, tomate, myrtille, pastèque, thé vert, persil, etc. tous ces végétaux renferment des antioxydants très connus : catéchines, caroténoïdes, polyphénols…

Il y a parfois des exceptions : l’ail, la pomme, l’oignon qui ne sont pas colorés mais qui sont également très riches en antioxydants.

Enfin, la glycation est favorisée par la consommation de sucres « rapides » (à fort index glycémique). Aussi, en dessert, préférez une salade de fraises à la menthe à une tartelette aux fraises, un melon ou une pastèque à un sorbet.

Je n’ai pas le temps de cuisiner, quelles sont les astuces à connaître pour éviter ce vieillissement ?

Même sans cuisiner il est possible d’avoir une alimentation saine : il faut alors éviter au maximum éviter les plats préparés, ultra-transformés et la restauration rapide proposant des produits frits ou cuits à fortes températures qui apportent des graisses de très mauvaise qualité.

A l’inverse, il est facile de consommer des aliments protecteurs :

  • noisettes, amandes, noix et autres fruits à coques décortiqués,
  • assaisonner soit même ses salades et crudités avec de bonnes huiles végétales (noix, olive, colza) au lieu d’opter pour les assaisonnements « tout fait »,
  • acheter quelques fruits de saison prêts à consommer : myrtilles, framboises, fraises, cerises, abricots…
  • consommer des légumes crus : radis, concombres, chou-fleur…. Quitte à les acheter déjà préparés,
  • boire essentiellement de l’eau et éviter au maximum l’alcool et les sodas.

Au restaurant, privilégiez les salades et le poisson au lieu d’un Fish and Chips ou de l’entrecôte – frites.

 

Quel est l’intérêt de faire un bilan biologique complet ?

Il est majeur ! Un bilan de nutrition préventive permettra faire le point sur 3 paramètres fondamentaux pour la peau :

  • le stress oxydatif et notamment en dosant certaines vitamines et oligo-éléments antioxydants,
  • l’équilibre lipidique,
  • le terrain inflammatoire.

Ainsi, un bilan permettra d’une part de rééquilibrer efficacement l’alimentation et d’autre part de faire le lien entre la santé de la peau et des déséquilibres engendrés par d’autres organes tels que le foie, le système endocrinien ou les intestins….

La peau est un organe fragile et sensible au vieillissement pour lequel la biologie préventive possède donc un intérêt majeur sur le plan de la santé, bien au-delà des « simples » considérations esthétiques.